Le russe a six cas : nominatif, génitif, datif, accusatif, instrumental et prépositionnel. Un cas, c’est la forme que prend un nom, un adjectif ou un pronom pour indiquer son rôle dans la phrase. Chaque cas répond à une question :
- Nominatif — qui ? quoi ? (le sujet, qui fait l’action)
- Génitif — de qui ? de quoi ? (possession, absence, quantité)
- Datif — à qui ? à quoi ? (le destinataire)
- Accusatif — qui ? quoi ? (le complément d’objet direct)
- Instrumental — avec qui ? avec quoi ? (l’outil, l’accompagnement, le moyen)
- Prépositionnel — à propos de qui ? où ? (le lieu, le sujet dont on parle)
Ce guide donne la vue d’ensemble : à quoi sert chaque cas, comment le reconnaître, les erreurs typiques des francophones et la suite du parcours. Les terminaisons et les exercices de chaque cas sont dans les leçons dédiées, signalées au fil du texte.
❓ Ce qu’est un cas (et pourquoi le russe en a six)
Une langue à cas encode le rôle d’un mot dans sa forme, et pas seulement dans sa position. Le français fait surtout l’inverse : il garde le nom identique et utilise l’ordre des mots et les prépositions pour préciser le rôle.
Comparez :
- Français : « Anna donne un livre à Marie. » → l’ordre + la préposition « à » disent qui est sujet et qui est destinataire.
- Russe : « Анна даёт книгу Марии. » → c’est la terminaison de chaque mot qui le dit. Анна est au nominatif (sujet), книгу à l’accusatif (COD), Марии au datif (destinataire).
Le français a pourtant gardé une trace de ce système dans ses pronoms : il lit, je le vois, je lui parle. Même personne, trois formes, choisies selon le rôle : sujet, COD, COI. C’est presque le trio nominatif, accusatif, datif. Le russe fait la même chose avec presque tous les noms, adjectifs et pronoms. Gardez-le comme repère, pas comme équivalence : après une préposition, « lui » change de cas en russe (с ним, « avec lui », est à l’instrumental ; для него, « pour lui », au génitif).
Résultat : en russe, l’ordre des mots est beaucoup plus libre. Марии Анна даёт книгу reste compréhensible (même si l’emphase change).
Alors, combien de cas en russe ? Les manuels et les grammaires pour apprenants en enseignent six, et c’est le système dont vous avez besoin. Certaines descriptions linguistiques mettent à part quelques formes résiduelles ou emplois particuliers : vous les rencontrerez plus tard, mot par mot, pas comme des cas supplémentaires à apprendre.
📐 Les 6 cas, un par un
1. Le nominatif — qui ? quoi ?
C’est le cas du sujet de la phrase. Celui qui fait l’action. C’est aussi la forme sous laquelle le mot apparaît dans le dictionnaire — la forme « par défaut ».
- Дом большой. → La maison est grande.
- Мама работает. → Maman travaille.
- Кот спит. → Le chat dort.
Si vous pouvez remplacer le mot par « il / elle / cela » en position de sujet, vous êtes au nominatif.
2. Le génitif — de qui ? de quoi ?
L’un des cas les plus fréquents du russe. Il sert à 3 grandes choses :
- La possession : книга брата (le livre du frère)
- L’absence ou la négation : У меня нет времени (je n’ai pas de temps)
- La quantité : стакан воды (un verre d’eau)
Le « de » français est souvent un bon premier indice… mais un indice seulement : le français met « de » dans beaucoup de constructions, et le russe ne le suit pas toujours. Le piège le plus courant est dans les erreurs typiques, plus bas.
Terminaisons et exercices : Le génitif : possession et absence.
3. Le datif — à qui ? à quoi ?
Le cas du destinataire. Celui à qui on donne, on écrit, on parle.
- Я звоню маме. → Je téléphone à maman.
- Подарок другу. → Un cadeau pour l’ami.
- Помоги брату. → Aide ton frère.
Ici, le français vous aide souvent : « téléphoner à quelqu’un » donne bien un datif. Mais pas toujours : on aide quelqu’un (COD), alors que le russe dit помогать брату, au datif.
Le datif s’utilise aussi pour exprimer l’âge (мне 30 лет = « j’ai 30 ans », littéralement « à moi, 30 ans ») et ce qu’on ressent (мне холодно = « j’ai froid »).
Terminaisons et exercices : Le datif : à qui, aimer et l’âge.
4. L’accusatif — qui ? quoi ? (le COD)
Le cas du complément d’objet direct. Ce sur quoi l’action porte directement.
- Я читаю книгу. → Je lis un livre.
- Она любит кота. → Elle aime le chat.
- Мы смотрим фильм. → Nous regardons un film.
Subtilité importante — l’animé : pour les noms masculins terminés par une consonne, -й ou -ь, l’accusatif singulier est identique au nominatif si le mot désigne une chose (фильм → фильм), mais identique au génitif s’il désigne une personne ou un animal (кот → кота). Le français n’a pas de règle équivalente.
Les noms en -а / -я, féminins ou masculins, ont une terminaison propre en -у / -ю, qu’ils désignent une chose ou un être vivant (книга → книгу, мама → маму, папа → папу).
Les noms neutres gardent au singulier la forme du nominatif (окно → окно). Au pluriel, l’animé compte pour tous les genres : c’est l’objet de la leçon le pluriel à tous les cas.
Terminaisons et exercices : L’accusatif : objet direct et direction.
5. L’instrumental — avec quoi ? avec qui ?
Le cas de l’outil, de l’accompagnement et du moyen.
- Я пишу ручкой. → J’écris avec un stylo. (l’outil)
- Я иду с другом. → Je marche avec un ami. (l’accompagnement)
- Я еду поездом. → Je voyage en train. (le moyen)
Attention à « en voiture » : le russe dit d’habitude на машине, avec на + prépositionnel, et non l’instrumental.
L’instrumental sert aussi à dire ce qu’on est dans un emploi : Я работаю учителем (« Je travaille comme professeur »).
Terminaisons et exercices : L’instrumental : avec qui, avec quoi, le métier.
6. Le prépositionnel — où ? à propos de quoi ?
Comme son nom l’indique, il n’apparaît jamais seul : toujours après une préposition (в, на, о/об, при).
- Я живу в Москве. → J’habite à Moscou. (où ?)
- Книга на столе. → Le livre est sur la table. (où ?)
- Мы говорим о работе. → Nous parlons du travail. (à propos de quoi ?)
C’est souvent le cas le plus facile à repérer, car la préposition signale d’avance qu’il arrive.
Terminaisons et exercices : Le prépositionnel : parler de quelque chose.


